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Le cerveau de votre chat est plus petit que celui de son ancêtre sauvage

  • Photo du rédacteur: Cyril Bauchais
    Cyril Bauchais
  • 2 janv.
  • 4 min de lecture

Voici un fait peu connu, mais solidement documenté par la science. Le cerveau du chat domestique est plus petit que celui de son ancêtre sauvage direct. Une étude de 2022, publiée dans la revue Royal Society Open Science, a repris ce constat vieux de plusieurs décennies pour vérifier, avec les méthodes scientifiques actuelles, s'il tenait toujours la route.


Une "réplication", ou l'art de revérifier une vieille découverte


Ce travail, mené par la chercheuse Raffaela Lesch, n'est pas une étude inédite au sens classique, mais ce que les scientifiques appellent une étude de réplication (reprendre une recherche plus ancienne, ici deux études menées en 1969 et 1972, pour vérifier si ses conclusions résistent toujours à l'épreuve des connaissances et des méthodes actuelles). Un exercice essentiel, mais trop rarement valorisé dans le monde de la recherche, car il permet de s'assurer que les grandes théories acceptées reposent bien sur des bases solides, et non sur des résultats anciens jamais revérifiés...


La question posée par ces deux études historiques était centrale dans le champ de la recherche sur la domestication animale; une réduction de la taille du cerveau est l'une des caractéristiques les plus systématiques observées chez les animaux domestiques par rapport à leurs ancêtres sauvages, mais aussi l'une des plus difficiles à expliquer précisément. Le chat, aux côtés du chien, du mouton ou du cochon, entre dans ce cadre général.


Ce que confirme cette nouvelle étude


En mesurant le volume crânien de nombreux spécimens, l'étude confirme que le chat domestique présente bel et bien un cerveau plus petit que celui de son ancêtre sauvage, le chat sauvage d'Afrique du Nord. Fait intéressant, les chats hybrides, issus d'un croisement entre chat domestique et chat sauvage européen, présentent un volume cérébral intermédiaire entre celui de leurs deux espèces parentes, cohérent avec ce que l'on pourrait attendre d'un mélange génétique entre les deux lignées.


Le résultat qui n'était pas attendu : le museau, lui, n'a pas changé


C'est là que l'étude apporte une vraie nuance aux idées reçues sur ce que les chercheurs appellent le "syndrome de domestication", cet ensemble de traits physiques que l'on retrouve fréquemment chez les animaux domestiqués (oreilles tombantes, taches blanches dans le pelage, cerveau réduit, museau raccourci). Si la réduction du cerveau se confirme bien chez le chat, les données de cette étude n'ont en revanche montré aucune réduction significative de la longueur du museau. Autrement dit, contrairement à ce que l'on observe parfois chez d'autres espèces domestiquées, la domestication ne semble pas avoir raccourci le museau du chat.


Ce résultat vient nuancer l'idée d'un "paquet" de transformations physiques qui s'appliquerait systématiquement à toute espèce domestiquée. Chez le chat, la réduction cérébrale est bien réelle, mais elle n'est manifestement pas allée de pair avec l'ensemble des autres transformations attendues par cette théorie plus large.


Pourquoi le cerveau rétrécit-il avec la domestication ?


L'étude elle-même ne tranche pas définitivement la question, qui reste débattue dans le champ de la recherche sur la domestication. Une explication généralement avancée tient au fait qu'un animal domestique, moins exposé aux dangers et aux contraintes de survie en milieu sauvage (recherche de nourriture, fuite face aux prédateurs, défense du groupe), aurait moins besoin de certaines capacités cognitives et sensorielles coûteuses en énergie pour le cerveau, ce dernier représentant une dépense métabolique très importante par rapport à sa taille. Cette réduction ne signifie absolument pas une baisse d'intelligence globale du chat, mais plutôt une réorganisation liée à un mode de vie moins exposé aux contraintes du milieu sauvage (un peu comme nous au fil des siècles 😏).


L'intérêt d'une démarche scientifique transparente


Un aspect notable de cette étude concerne sa méthode de publication elle-même. Les chercheurs ont choisi un format dit "en deux temps" c'est à dire la partie introduction et méthodologie est d'abord évaluée et validée par des relecteurs scientifiques, avant même que les résultats ne soient connus, puis les résultats et la discussion sont soumis à une seconde évaluation. Cette approche garantit que l'étude est publiée si sa méthode est rigoureuse, indépendamment du résultat obtenu, y compris si celui-ci s'était révélé négatif ou avait contredit les études précédentes. Une façon de lutter contre un biais bien connu de la recherche scientifique qui est la tendance à ne publier que les résultats "positifs" ou spectaculaires, au détriment de résultats tout aussi informatifs mais moins "vendeurs".


Ce que ça change dans le regard porté sur le chat


Cette étude est un bon rappel que la domestication du chat, aussi douce et progressive ait-elle été comparée à celle d'autres espèces, a tout de même laissé une empreinte mesurable jusque dans son anatomie crânienne... Elle illustre aussi à quel point la recherche sur le chat, longtemps moins étudiée que celle sur le chien, continue de réserver des surprises, y compris sur des questions qu'on aurait pu croire déjà tranchées depuis longtemps.


Source : Lesch, R. et al. (2022). Cranial volume and palate length of cats, Felis spp., under domestication, hybridisation and in wild populations. Royal Society Open Science. Interview de l'autrice : Royal Society, "Cat brains and replication studies" (royalsociety.org/blog/2022/01/cat-brains-and-replication-studies).



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A propos de l'auteur

Cyril Bauchais est comportementaliste félin et cat sitter dans les Hauts-de-Seine (Bagneux, Sceaux, Bourg-la-Reine, Fontenay-aux-Roses -92-).

Formé plus de 600 heures à l'observation et à l'accompagnement du chat, il est aussi formateur chez Equilicat Formations, auteur du livre "L'habitat idéal pour mon chat", anime le podcast "Le Mystère Miaou" et aussi créateurs de contenus pédagogiques pour mieux comprendre nos petits félins, sur les réseaux sociaux où il publie une vidéo chaque semaine.


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