Conflits entre chats du même foyer : la plus grande étude jamais menée bouscule certaines idées reçues

Dernière mise à jour : 4 oct.

Regards fixes, poursuites, feulements : la plupart des foyers avec plusieurs chats connaissent ce genre de tensions, à des degrés divers. Une étude américaine menée auprès de près de 2 500 foyers, la plus vaste jamais réalisée sur le sujet, a mesuré précisément la fréquence de ces comportements de conflit, ainsi que des comportements affiliatifs, pour comprendre ce qui influence réellement l'harmonie entre chats d'un même toit.
Une étude d'une ampleur inédite
Sur près de 6 000 réponses recueillies, 2 492 foyers possédant entre deux et quatre chats ont été retenus pour l'analyse, représentant plus de 6 400 chats au total. Pour chaque foyer, les chercheurs ont recueilli la fréquence de sept comportements de conflit (regard fixe, poursuite, traque, fuite, queue qui fouette, feulement, hurlement/cri) et de quatre comportements affiliatifs (contact nez à nez, sommeil dans la même pièce, sommeil en contact physique, toilettage mutuel), ainsi qu'une note globale d'harmonie perçue par l'humain du foyer.
Le regard fixe du chat, signal le plus fréquent, le cri, le plus rare
Le comportement de conflit le plus couramment observé était de loin le regard fixe, présent au moins quotidiennement dans 44,9% des foyers, suivi par la poursuite et la traque. À l'autre bout du spectre, les hurlements ou cris ne survenaient jamais dans 69,4% des foyers, et le feulement quotidien concernait tout de même près d'un foyer sur cinq (18%).
Bonne nouvelle en creux, les comportements affiliatifs restent globalement plus fréquents que les comportements de conflit. Un contact physique entre chats (dormir ensemble, se toucher pendant le sommeil) était observé au moins une fois par jour dans environ la moitié des foyers multi-chats étudiés.
Le facteur qui pèse vraiment le plus lourd : la première rencontre
C'est le résultat le plus marquant de cette étude, et probablement le plus utile au quotidien.
Parmi tous les facteurs testés, celui qui ressort avec le plus de force est la qualité perçue de la toute première rencontre entre les chats.
Dans les foyers où l'introduction initiale s'est "bien passée" selon l'humain, les comportements affiliatifs étaient nettement plus fréquents, et les comportements de conflit nettement moins fréquents, que dans les foyers où l'introduction "ne s'est pas bien passée". Ce lien reste vrai indépendamment du nombre d'années passées depuis cette première rencontre.
Cohérent avec ce résultat, 73,3% des foyers ayant rapporté des tensions entre leurs chats ont indiqué que ces tensions étaient présentes dès le tout début de la cohabitation, plutôt qu'apparues progressivement ou brutalement après coup.
Le résultat qui nuance un conseil très répandu
Voici un point qui mérite d'être connu, y compris pour qui suit déjà les recommandations classiques en la matière : contrairement à une idée largement répandue, fournir une quantité suffisante de ressources (autant de litières que de chats plus une, autant de gamelles et de griffoirs que de chats) n'était, dans cette étude à grande échelle, pas significativement associé à une fréquence réduite des comportements de conflit. La taille du logement lui-même n'était pas non plus liée à cette fréquence.
Les chercheurs avancent une explication possible : ce n'est peut-être pas tant la quantité de ressources qui compte, mais leur qualité et leur emplacement, des facteurs comme le type de substrat de litière ou son positionnement dans la maison pouvant avoir davantage d'impact que le simple nombre d'éléments disponibles.
Un point qui mérite d'être gardé à l'esprit : cette étude ne dit pas que multiplier les ressources est inutile, mais que la quantité seule ne suffit visiblement pas à expliquer, à elle seule, l'origine des tensions dans un foyer multi-chats.
Fait intéressant, la présence d'un nombre suffisant de litières et de gamelles était en revanche associée à une fréquence légèrement plus faible de comportements affiliatifs (dormir ensemble, se toiletter mutuellement), une piste d'explication étant qu'un espace mieux doté en ressources répartirait davantage les chats dans le logement, réduisant ainsi les occasions de contact rapproché, positif comme négatif.
L'arrivée d'un nouveau chat, un vrai facteur de tension à court terme
L'ajout d'un nouveau chat dans les six mois précédant l'enquête était associé à une hausse de la quasi-totalité des comportements de conflit (à l'exception du simple regard fixe), confirmant qu'une période d'ajustement, avec des tensions plus marquées, est attendue après l'arrivée d'un nouveau membre dans le foyer.
La personnalité du chat compte aussi
Les chats décrits par leur humain comme "sédentaires et craintifs" avaient davantage tendance à fuir, fixer du regard et feuler que les chats décrits comme "actifs et curieux". Un rappel que la compatibilité de tempérament entre chats d'un même foyer, un facteur difficile à anticiper avant l'adoption, joue un rôle réel dans la dynamique du groupe.
Les limites à connaître
Cette étude repose sur du déclaratif, sans observation directe par un expert, et l'échantillon a été recruté principalement via des réseaux liés au comportement animal, ce qui a probablement orienté l'échantillon vers des humains déjà plus sensibilisés à ces questions que la moyenne. Les données ont également été analysées au niveau du foyer plutôt que par paire de chats individuelle, ce qui ne permet pas d'identifier précisément quels chats, au sein d'un même foyer, sont à l'origine des tensions observées.
Ce qu'il faut en retenir
Ce travail confirme un message déjà connu des comportementalistes, mais avec une force statistique inédite :
la façon dont se déroule la toute première rencontre entre deux chats pèse plus lourd que presque tout autre facteur sur la qualité de leur relation à long terme.
Un vrai argument en faveur d'un protocole d'introduction progressif et bien mené, plutôt que de miser uniquement sur la multiplication des ressources matérielles une fois les chats déjà en tension.
Source : Elzerman, A.L., DePorter, T.L., Beck, A., & Collin, J.-F. (2020). Conflict and affiliative behavior frequency between cats in multi-cat households: a survey-based study. Journal of Feline Medicine and Surgery, 22(8), 705-717. Étude financée par Ceva Santé Animale.




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