top of page

Giardia chez le chat : ce que révèle l'analyse de plus de 157 000 échantillons

Photo du rédacteur: Cyril Bauchais
Cyril Bauchais
10 oct.
3 min de lecture
Un chat noir et blanc posé

Un chat sur 15 porteur de la "fièvre du castor" : le titre a beaucoup circulé cette semaine. Derrière ce chiffre se cache une étude nord-américaine de très grande ampleur, publiée dans PLOS One, qui mérite d'être lue de près, car les chiffres sont plus nuancés que les titres de presse.


Qu'est-ce que la giardiose, la "fièvre du castor" ?


La giardiose est une infection intestinale causée par Giardia duodenalis, un parasite microscopique qui peut toucher aussi bien l'humain que de nombreux animaux. Le plus souvent, l'infection ne provoque aucun symptôme visible. Dans certains cas, elle provoque de la diarrhée et un mauvais état général.


Quelle proportion de chats est concernée ?


Dans cette étude, 6,3% des chats testés étaient porteurs de Giardia, soit 9 962 chats sur 157 616, ce qui correspond à environ 1 chat sur 16. Les chercheurs ont analysé des selles envoyées à un laboratoire d'analyses vétérinaires entre mars 2022 et août 2023, en provenance de 49 États américains, de Washington D.C. et de 5 provinces canadiennes. Ce taux se situe dans le haut de la fourchette des études américaines précédentes (1,6% à 10,8%), mais cette fois sur une population bien plus large et avec une méthode de détection moléculaire (qPCR).


Cet échantillon est très grand, ce qui est un point fort. Il ne s'agit en revanche pas d'un échantillon représentatif de tous les chats : ce sont des selles envoyées pour analyse, donc des chats déjà suivis par un vétérinaire.


Quels chats sont les plus touchés ?


L'âge est le facteur le plus marqué : 10,7% des chatons de moins d'un an étaient porteurs, contre seulement 1,3% des chats seniors.

Les mâles étaient un peu plus touchés que les femelles (6,9% contre 5,7%), et les chats non stérilisés (9%) davantage que les chats stérilisés (5%).


Un résultat surprenant concerne les chatons : les chatons stérilisés étaient plus souvent porteurs que les chatons non stérilisés, alors que c'est l'inverse à partir d'un an. Les auteurs avancent une hypothèse, sans pouvoir la vérifier avec leurs données : les chatons stérilisés très jeunes viennent souvent de refuges, où le stress et la promiscuité favorisent les infections.


La saison joue aussi : la détection était la plus faible en été (4,6%) et la plus élevée en hiver (8,1%), les kystes du parasite survivant mieux dans des milieux frais et humides. Géographiquement, le Midwest américain ressortait en tête (7,8%), le Sud en dernier (5,9%).


Le risque pour l'humain est-il réel ?


Parmi les chats porteurs, 18,5% hébergeaient des souches (dites A et B) capables d'infecter aussi l'humain, les autres portant une souche propre au chat. Rapporté à l'ensemble des chats testés, cela représente environ 1,2% des chats, et non 1 chat sur 5 comme certains titres le laissent entendre. Cette part grimpe à près de 20% chez les chatons porteurs et atteint 21,6% dans le Nord-Est des États-Unis.


Il s'agit d'un potentiel de transmission, pas d'une transmission démontrée : l'étude n'a pas mesuré combien de contaminations passent réellement du chat à l'humain, et les auteurs appellent à des travaux complémentaires sur ce point.

Ce que cette étude ne permet pas de dire


Les auteurs sont les premiers à rappeler les limites de leur travail. Il s'agit d'une analyse rétrospective de tests demandés à un laboratoire : les données ne précisent ni l'accès à l'extérieur, ni les symptômes, ni les conditions de vie.

Elle ne dit donc pas si un chat d'appartement est plus ou moins exposé.

Les données concernent l'Amérique du Nord, aucun chiffre français n'est disponible ici. Autre point de transparence : plusieurs auteurs sont salariés du laboratoire Antech Diagnostics (Mars Petcare), qui commercialise le test utilisé, même si l'étude déclare n'avoir reçu aucun financement spécifique ni identifié de conflit d'intérêts.


Que faire concrètement ?


Les auteurs recommandent un dépistage fécal de routine chez le chat, en particulier pour les chats à risque et dans les foyers avec de jeunes enfants, des personnes âgées ou immunodéprimées.

En pratique, une diarrhée qui dure chez un chaton, surtout récemment adopté en refuge, justifie d'en parler à votre vétérinaire, qui pourra prescrire une analyse de selles. En complément, et en dehors de ce que dit l'étude, un lavage de mains soigneux après avoir nettoyé la litière reste un réflexe de bon sens.


Source : Wingerd, M., Kimmerlein, A., Jimenez Castro, P.D., et al. (2026). Giardia duodenalis in domestic cats from the US and Canada: Prevalence and zoonotic potential. PLOS One, 21(10), e0358546. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0358546



Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note

A propos de l'auteur

Cyril Bauchais est comportementaliste félin et cat sitter dans les Hauts-de-Seine (Bagneux, Sceaux, Bourg-la-Reine, Fontenay-aux-Roses -92-).

Formé plus de 600 heures à l'observation et à l'accompagnement du chat, il est aussi formateur chez Equilicat Formations, auteur des livres "L'équilibre idéal de mon chat" et "L'habitat idéal pour mon chat", anime le podcast "Le Mystère Miaou" et aussi créateurs de contenus pédagogiques pour mieux comprendre nos petits félins, sur les réseaux sociaux où il publie une vidéo chaque semaine.


- Les livres

- Le podcast

- Les vidéos

Cyril-Bauchais.png

💌 Vous représentez une marque ou un média et souhaitez me proposer une collaboration/interview ? Rendez-vous ici →

bottom of page