Chat noir, d'où viennent vraiment toutes ces croyances ?
- Cyril Bauchais

- 17 août
- 4 min de lecture

Cet article évoque des pratiques historiques de maltraitance animale et peut heurter la sensibilité de certains lecteurs.
J'ai compris, je veux lire l'article .
Nous sommes le 17 août, Journée internationale du chat noir. L'occasion parfaite pour démêler le vrai du faux sur l'une des plus vieilles superstitions animales au monde, et comprendre pourquoi cette simple couleur de pelage continue, encore aujourd'hui, à jouer contre les chats qui la portent...
Pourquoi une journée dédiée spécifiquement au chat noir
Cette date a été instaurée aux États-Unis sous le nom de Black Cat Appreciation Day, neuf jours après la Journée internationale du chat du 8 août, dans un but très concret qui est de lutter contre ce que les refuges appellent le "Black Cat Syndrome". Partout dans le monde, les chats au pelage noir restent statistiquement les derniers adoptés, et attendent en moyenne bien plus longtemps qu'un chat d'une autre couleur avant de trouver une famille.
La RSPCA britannique a même avancé un chiffre marquant : jusqu'à 70% des chats abandonnés outre-Manche seraient des chats noirs ! Une explication très concrète, presque triviale, y contribue directement, en effet, sur une photo, un pelage noir uniforme ressort beaucoup moins bien et attire moins l'œil qu'une robe rousse ou tigrée, un phénomène qu'une étude scientifique a d'ailleurs confirmé récemment en analysant précisément ce biais de perception.
Un basculement daté avec une précision troublante
Il est presque possible de mettre une date exacte sur l'origine de cette mauvaise réputation. En 1233, le pape Grégoire IX publie la bulle Vox in Rama, un texte décrivant des cérémonies hérétiques mêlant humains et animaux, dans lequel un grand chat noir est présenté comme une incarnation du mal. À partir de ce texte, l'Europe associe progressivement les chats, et tout particulièrement les chats noirs, à la sorcellerie. Cette croyance s'enracine si profondément qu'elle traverse encore les superstitions actuelles, près de huit siècles plus tard.
Les conséquences concrètes de cette diabolisation ont été terribles pour les chats noirs de cette époque... Brûlés vivants lors de rituels et de fêtes populaires, noyés, considérés comme les compagnons des sorcières lors des procès en sorcellerie qui ont marqué le Moyen Âge et la Renaissance en Europe. Une persécution massive qui a d'ailleurs eu une conséquence sanitaire ironique et largement documentée par les historiens car en l'absence de leur principal prédateur naturel, les populations de rats ont proliféré dans les villes européennes, un facteur régulièrement cité parmi les causes aggravantes de la propagation de la peste noire.
Une diabolisation loin d'être universelle
Ce que cette histoire européenne fait souvent oublier, c'est que la mauvaise réputation du chat noir n'a jamais été un phénomène mondial ni même une constante à travers l'histoire. Dans l'Égypte antique, bien avant cette période, le chat noir comme les autres était vénéré, protégé par la loi, et associé à la déesse Bastet, symbole de fertilité et de protection du foyer.
Plus surprenant encore, dans de nombreuses autres cultures, le chat noir a longtemps été perçu à l'exact opposé de l'image qu'on lui connaît en Europe continentale...
Au Royaume-Uni, la croyance veut qu'un chat noir se présentant sur le seuil d'une maison soit un signe de bonne fortune pour ses habitants, une croyance toujours vivace aujourd'hui.
Dans les traditions maritimes britanniques et irlandaises, un chat noir à bord d'un navire était considéré comme un porte-bonheur protégeant l'équipage, au point que les femmes de marins en gardaient parfois un à la maison, convaincues qu'il garantirait le retour sain et sauf de leur mari.
En Écosse, un chat noir apparaissant à la porte d'une maison annonçait prospérité et richesse pour son foyer.
Au Japon, le chat noir est traditionnellement associé à la chance amoureuse, en particulier pour les femmes célibataires, et existe même en version noire du célèbre Maneki-neko, la figurine porte-bonheur censée repousser les mauvais esprits.
Cette dualité culturelle rappelle une chose essentielle qui est qu'aucune de ces croyances, positives comme négatives, ne repose sur une quelconque réalité observable chez le chat !!
La couleur noire résulte simplement d'une forte concentration de mélanine dans le pelage, exactement comme chez n'importe quel autre animal ou même chez l'humain, un mécanisme purement génétique qui n'a scientifiquement aucun lien avec le tempérament ou le comportement du chat qui le porte.
Ce qu'il en reste concrètement aujourd'hui
Ces vieilles croyances, aussi lointaines et irrationnelles soient-elles, continuent d'avoir un impact bien réel sur le quotidien des chats noirs actuels qui ont une plus grande difficulté à trouver une famille en refuge, des préjugés parfois encore tenaces sur un tempérament supposément différent, alors qu'aucune étude comportementale sérieuse n'établit de lien entre la couleur du pelage d'un chat et son caractère....
Comment marquer cette journée à votre échelle
Pas besoin d'un grand geste pour participer à cette journée, vous pouvez par exemple, partager une photo de votre chat noir s'il en a un, relayer une annonce d'adoption d'un refuge local, ou tout simplement rappeler autour de vous que ces croyances n'ont aucun fondement réel.... sont autant de façons simples de contribuer, à votre échelle, à réhabiliter ces chats trop souvent laissés pour compte.
Sources : Wikipédia, "Journée internationale du chat noir" ; RSPCA (Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals) ; travaux de l'historien Éric Baratay sur l'histoire des relations entre l'humain et l'animal.




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