Pourquoi certains chats ronronnent-ils plus que d'autres ? La génétique apporte une réponse
- Cyril Bauchais

- 15 août
- 3 min de lecture

Vous avez peut-être déjà remarqué que certains chats sont de vrais moulins à ronrons, quand d'autres restent étonnamment silencieux, même dans les bras de leur humain préféré. Une étude japonaise, publiée en 2025 dans la revue scientifique PLOS ONE, apporte pour la première fois une explication génétique à cette différence, et le lien avec la domestication est particulièrement révélateur.
Un gène déjà connu pour son rôle dans le comportement
Des chercheurs du Centre de recherche sur la faune sauvage de l'Université de Kyoto se sont penchés sur un gène bien précis, le "gène du récepteur d'androgènes", situé sur le chromosome X. Ce récepteur est particulièrement sensible à des hormones comme la testostérone, et des études antérieures avaient déjà établi un lien entre ce gène et certains traits comportementaux, notamment les conduites agressives, chez plusieurs espèces.
Pour mener cette étude, l'équipe a observé méticuleusement le comportement de 280 chats croisés et stérilisés vivant chez des particuliers au Japon, avant d'analyser leur ADN. Résultat, les chats porteurs d'une version "courte" de ce gène présentaient une tendance nette à ronronner plus intensément que ceux porteurs de la version "longue". Chez les mâles en particulier, cette version courte du gène était aussi associée à une propension plus marquée à miauler en présence de leur humain, ce qui suggère un lien étroit entre ce gène et l'ensemble des stratégies de communication vocale du chat.
Le lien avec la domestication, une découverte inattendue
C'est là que l'étude prend une dimension particulièrement intéressante. Les chercheurs ont comparé leurs résultats avec ceux d'onze autres espèces de félins. Deux espèces sauvages proches du chat domestique, le chat-léopard et le chat viverrin, ne possèdent que la version courte du gène. Le chat domestique, lui, possède les deux versions, courte et longue, une particularité absente chez les autres félins étudiés.
Cette différence suggère que la version longue du gène serait apparue au fil des modifications génétiques liées à la domestication et à la reproduction sélective des chats par l'humain au fil des siècles. Autrement dit, plus un chat porte cette version longue du gène, plus sa tendance naturelle à communiquer vocalement (par le ronronnement ou le miaulement) semble s'atténuer.
Chats de race et chats de gouttière, une différence à surveiller
D'après des études antérieures citées par les chercheurs, les chats de race "pure" sont plus fréquemment porteurs de la version longue du gène que les chats croisés. Puisque l'échantillon de cette étude était composé exclusivement de chats croisés, souvent d'anciens chats errants recueillis, ce contexte pourrait expliquer une tendance accrue à la vocalisation observée dans l'ensemble du groupe étudié. À l'inverse, les chats de race "pure", souvent élevés dès leur plus jeune âge au contact étroit de l'humain, sembleraient statistiquement moins enclins à utiliser la vocalisation dans leurs interactions.
Il ne s'agit évidemment pas d'une règle absolue applicable à chaque chat individuellement, mais d'une tendance statistique observée à l'échelle d'un groupe, qui mériterait d'être confirmée par des études complémentaires sur des échantillons plus larges.
Un résultat surprenant chez les femelles
Un autre résultat mérite d'être signalé; chez les femelles porteuses de la version courte du gène, les chercheurs ont observé davantage de conduites agressives envers les inconnus, un lien que l'étude ne détaille pas plus en profondeur mais qui illustre bien le rôle plus large de ce gène dans la régulation de plusieurs comportements sociaux du chat, pas seulement le ronronnement.
Ce que cette découverte apporte
Au-delà de la curiosité scientifique, cette recherche vient éclairer un pan resté longtemps flou de la communication féline. Le ronronnement reste un signal aux fonctions multiples, apaisement, recherche de contact, ou encore désamorçage d'une tension avec un individu plus imposant, et cette étude montre pour la première fois qu'une partie de cette propension à l'utiliser, ou non, trouve une explication génétique concrète, façonnée par des milliers d'années de vie aux côtés de l'humain.
Comme le résume Yume Okamoto, autrice principale de l'étude, cette meilleure compréhension des mécanismes du comportement félin a aussi vocation à nourrir des relations plus harmonieuses entre chats et humains, un objectif qui rejoint directement le travail de terrain de tout comportementaliste félin. L'équipe de recherche prévoit d'ailleurs d'élargir ces travaux à d'autres espèces de félidés dans les prochaines années.
Source : Okamoto, Y. et al. (2025). Étude publiée dans PLOS ONE, Université de Kyoto (Centre de recherche sur la faune sauvage). Article original disponible via journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0324055





Commentaires